Les lutteurs retraités en 2020 (1/2)

Tandis que nous attendons impatiemment l’arrivée d’une année 2021 combattive chez les sumos, il paraît opportun de rendre un hommage aux lutteurs – certains faisant parti des préférés de notre communauté de lecteurs – ayant pris leur retraite en 2020. Nous avons eu droit à des moments inoubliables par le passé, et ces lutteurs méritent des adieux tout à fait inofficiels sur notre site. Dans ce genre de circonstances, la liste paraît malheureusement toujours trop longue…

Goeido Gotaro

Former ozeki Goeido Gotaro

Age de retraite : 33 ans

Meilleur rang : ozeki

Nombre de yusho (makuuchi): 1

Nombre de kinboshi : 1

Un célèbre nom chez les sumos a pris sa retraite au début de l’année 2020, après la perte de son rang d’ozeki en janvier. Goeido aurait pu bénéficier d’une occasion de regagner ce rang immédiatement en mars – dans sa région natale d’Osaka – en tant qu’ozekiwake. Mais Goeido ne crut pas que son corps avait suffisamment d’énergie pour relever ce défi, et rendit publique sa décision.

Le natif d’Osaka eut besoin de beaucoup de temps pour atteindre le deuxième plus haut rang des sumos. Il l’a atteint en septembre 2014, après une incroyable série de quatorze tournois passés à la suite au rang de sekiwake.

A partir de là, on peut dire que Goeido n’a pas été à la hauteur des atteints placées en lui. Ses premiers tournois en tant qu’ozeki furent décevant – il obtint des résultats de 8-7, 5-10, 8-7, 8-7 et 8-6-1. En réalité, il fut gratifié du fameux surnom de “frère kadoban”, avec Kotoshogiku. Mais nous y reviendrons…

Le sommet de la carrière de Goeido fut sans aucun doute son zensho yusho (tournoi remporté avec un score parfait de quinze victoires) en septembre 2016, ce qui fit soudainement de lui un candidat à la promotion en yokozuna. Le rêve se poursuivit pendant le premier tiers du tournoi de Kyushu, où Goeido demeura invaincu. Malheureusement, il ne put se maintenir ainsi, et finit le tournoi avec neuf victoires pour six défaites.

Goeido eut un dernier regain d’énergie au même endroit l’année suivante. Les spectateurs faillirent assister à un nokozuna (un tournoi sans aucun yokozuna), avec pas moins de trois yokozuna absents. Harumafuji fut présent, mais eut bien du mal lors des premiers matches. Toutefois, le yokozuna fit preuve de classe, et profita également d’un incroyable effondrement de Goeido afin de le conduire dans un playoff. Il ne laissa aucune chance à l’ozeki.

Arawashi Tsuyoshi

Arawashi Tsuyoshi

Age de retraite : 33 ans

Meilleur rang : maegashira 2

Nombre de yusho (makuuchi) : 0

Nombre de kinboshi : 3

Pauvre Arawashi. En regardant des matches de juryo vers la fin de la carrière du Mongol, la première difficulté consista à le repérer sans se tromper. En effet, la ressemblance physique avec son “frère jumeau” – qui en réalité n’était pas du tout son jumeau -, Chiyoshoma, fut vraiment déconcertante.

Et puis, plusieurs blessures l’empêchèrent de garder une place au sein des rangs salariés. Son dernier tournoi en juryo se finit en eau de boudin, alors qu’Arawashi déclara, avant le tournoi, ne rien viser d’autre qu’un yusho. Hélas, son corps l’abandonna. Arawashi démarra en trombe (3-0), mais ne put y ajouter que deux autres victoires, et fut relégué en makushita.

Il est toutefois impossible de clore ce chapitre 2020 sans jeter un oeil sur les meilleurs moments d’Arawashi. Après une très bonne performance à Kyushu en 2016 (11 victoires, 4 défaites), le Mongol fut propulsé à son meilleur rang, maegashira 2, le tournoi suivant – un costume que l’on pensa trop grand pour lui. L’année 2017 démarra mal pour lui, avec cinq défaites, puis l’impensable se produit: les deux premières victoires d’Arawashi dans ce tournoi, s’offrant le scalp de Kakuryu, puis de Hakuho! Je recommande vraiment à ceux qui n’ont pas vu son match contre le dai yokozuna d’y jeter un oeil. Le tachi-ai d’Arawashi fut génial, une sorte de “Harumafuji quasi henka”, donnant lieu à la roue de la mort. Hakuho fut éberlué, et nous aussi.

Arawashi ne se vit décerner aucun prix pour ce fait d’arme, puisqu’il avait terminé en make koshi. Il rétrograda lentement dans le banzuke, jusqu’en makushita – mais non sans avoir obtenu une dernière kinboshi en mars 2017, cette fois-ci face à un autre grand nom, Harumafuji.

Tochiozan Yuichiro

Tochiozan Yuichiro

Age de retraite : 33 ans

Meilleur rang : sekiwake

Nombre de yusho (makuuchi): 0

Nombre de kinboshi: 6

Tochiozan était un lutteur yotsu très talentueux. Le nombre de kinboshi qu’il a remportées est impressionnant, mais n’est guère une surprise. Plusieurs noms viennent immédiatement à l’esprit, lorsqu’il est question d’une réalité alternative sans Hakuho : Kisenosato, bien sûr ; Harumafuji, et Kakuryu. Mais Tochiozan aurait pu jouir d’une carrière encore meilleure – et la promotion au rang d’ozeki était en effet à portée de main.

Mais les occasions manquées ont caractérisé Tochiozan. Il a échoué, alors qu’il bénéficiait d’une occasion en or de remporter le tournoi de mai 2012 – la pression eut raison de lui, et il céda le titre à Kyokutenho.

Si Tochiozan était un chasseur de têtes, les lutteurs de tête adoraient également le vaincre – Harumafuji l’a littéralement maltraité, le jour de son anniversaire, durant le tournoi de mars 2015 ! Au crépuscule de sa carrière, Tochiozan affronta Hakuho au cours de combats carrément comiques. Il semblait acquis qu’il remporterait une septième kinboshi, mais Tochiozan finissait toujours par perdre de façon ridicule. Lui seul connaissait le secret de telles défaites… sans aucun doute, le natif de la région de Kochi a quitté le dohyo, laissant derrière lui de nombreuses questions sans réponse…

Wakaichiro Ken

Wakaichiro Ken

Age de retraite : 21 ans

Meilleur rang : sandanme 32

Avoir l’honneur de regarder un lutteur du Texas est un privilège rare. Les fans de sumo américains eurent auparavant l’occasion de voir un autre héros local, durant une courte période – Brodik Henderson, alias Homarenishiki sur le dohyo, a pris sa retraite dans d’obscures conditions, sous fond d’intimidations, en 2016, soit un an après ses débuts.

Wakaichiro, de son vrai nom Ichiro Kendrick Young, a tenu plus longtemps. Il a débute en mae zumo en novembre 2016, et eut du mal à se maintenir en sandanme durant ses premières années. Ses résultats s’améliorèrent en 2019, et Wakaichiro a en réalité pris sa retraite au début de l’année 2020, après une série de kashi koshi qui lui auraient permis de fixer doucement le makushita comme objectif à atteindre, au rang de sandanme 32.

Malheureusement, nombre de blessures chroniques l’ont empêché de pouvoir réellement prétendre à une place au sein des rangs salarié. Naturellement, la question de l’intérêt qu’ont les lutteurs des divisions basses à se maintenir dans le banzuke se pose toujours – ces lutteurs ne sont pas payés, jusqu’à ce qu’ils atteignent le juryo.

Plus tôt cette année, Bruce avait consacré un formidable article en l’honneur de monsieur Young.

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